Délivrez-nous du mâle {Alexis LEGAYET}

Ah.. le livre qui va faire parler de lui cet été.. Je vous l’accorde, je ne suis pas objective : Alexis Legayet est en phase de devenir mon auteur français chouchou, il monte allègrement sur le podium infernal.

Mes retours de lectures ont pour but de vous inciter à lire un roman qui m’a plu. Mais pour une fois, j’ai un message contraire. Autant vous dire illico, chers copains lecteurs, si vous n’avez pas d’humour ni de second degré, ne lisez pas ce roman, car il risque fort de vous chatouiller là où il ne faut pas.

En l’an de grâce 2029, Alain Barfol, un brin potache, prof de philo dans un lycée, commet l’irréparable. Lors d’une manif bondée, dans un acte débile et puérile entre potes, il met une claque aux fesses à son collègue qu’il croit reconnaître de dos.

Sauf que ce n’est pas son collègue.

Mais une jeune journaliste – haut placé – avec qui il avait rendez-vous pour une interview.

Le « hue cocotte claqué » est très très mal perçu, la journaliste porte-plainte. Ce geste l’embarque malgré lui dans une spirale infernale où toute sa vie sera épluchée, jugée, jusqu’à sa façon de tenir ses cours. Pourquoi ? Parce qu’en 2029, non loin de là, c’est l’ère du néo-féminisme qui règne.

Une ère où les lois ont changé, certaines thèses classiques sont revues et corrigées car jugées antisémites, sexistes ou racistes.. L’apologie de la hiérarchie des sexes fait ravage dans les tribunaux. Le machisme est reconnu comme maladie psychique par l’OMS, c’est dire !

A partir de ce moment, vous assisterez à la mise à mort et à la castration de ce pauvre Alain Barfol.

« Êtes-vous prêt à faire un gros travail sur vous, monsieur Barfol ? Reprit la procureure.

– Je suis prêt à faire tout ce que vous voulez, Madame la procureure de la République », répondit Alain Barfol, penaud et en sueur…

Impossible, toutefois de faire couler une seule petite larme. Fichu stoïcisme !

« Voyez-vous, nos prisons sont bondées et puis, franchement, c’est très inefficace. Le prisonniers pour crimes et délits sexuels ressortent autant, voire plus obsédés qu’auparavant et, fatalement, c’est la rechute. Il existe cependant une autre voie, une expérimentation…

– Qui m’éviterait de passer devant le juge d’instruction ?

– Vous avez bien compris. Il s’agit d’un centre, le centre Olympe-de-Gouges…

– Comme mon lycée !

– Oui mais dorénavant ce sera vous l’élève.

– Et pour apprendre quoi, Madame la Procureure de la République ?

– A vous ramollir la cuirasse…

Un contrat est alors conclu avec la procureure de la République : Alain Barfol sera puni et devra subir quelques mois de redressement dans un centre de rééducation pour machistes où la dirigeante et ses collègues vont tout faire pour l’émasculer et lui faire rendre les armes.

Le centre Olympe-de-Gouges est un centre d’expérimentation : des brimades jusqu’à l’humiliation, on y défait l’homme de tout stéréotype soit-disant machiste (adjectifs ‘faibles’ à l’encontre des femmes, regard anodins sur une partie du corps…. ), l’obligeant à « subir » les attaques permanentes, inconscientes ou non, faites aux femmes. Au centre Olympe-de-Gouges, l’homme doit faire les courses, regarder des films d’amour, s’asseoir les jambes croisées,.. pisser assis.. et autres joyeusetés. On revoit totalement ses pensées et ses actes ; normal, car il est psychiquement déviant, à tendance misogyne obsessionnelle et compulsive..

Sans lien apparent, le roman surf avec un sujet actuel : #metoo. « Délivrez-nous du mâle » est une fable loufoque, sans parti pris aucun ! La plume d’Alexis Legayet reste toujours humoristique mais sérieuse et fait réfléchir aux conséquences et excès du néo-féminisme.

À eux d’avaler maintenant… {M. Wittig}

Je n’ai pu rester indifférente au sort d’Alain Barfol, personnage finalement attachant : passer du pervers par erreur à victime en pleine castration en fait un héro, bien malgré lui. En plein désarroi, il subit cet abus de pouvoir féministe et absurde. Il y a autour de lui toute une galerie de personnages secondaires importants, bien campés dans leurs rôles : Amélie Dastovic, directrice en cheffe de la Matrice Olympe-de-Gouges. Mimosa, infirmière aux charmes de body buildeuse. le/la Docteur.e Richer, médecin inclusif.ve du centre…

Un de mes passages préférés : un jeu de rôle demandant à Barfol quel comportement avoir face à une femme portant une grosse valise croisée dans la rue.. Une scène poussée à l’extrême – encore une fois – qui sera prétexte à le descendre et le ridiculiser.

S’il lui propose son aide : c’est qu’il la prend pour une faible, s’il évite d’avoir un regard porté sur elle (car il a flairé le truc) ; c’est qu’il lui manque de respect, s’il lui fait un compliment pour se rattraper en affirmant que les femmes ont plus d’esprit que les hommes ; c’est une flatterie douteuse.. Bref, cela démontre bien que quelque-soit nos bonnes intentions, il y aura toujours quelqu’un qui trouvera quelque-chose à redire et que ceux qui ont le pouvoir peuvent tout. Et ont toujours raison.

Le calvaire d’Alain Barfol s’arrêtera t’il lorsqu’il se fera enlever par un groupuscule secret ? Si vous n’avez toujours pas peur, lisez-le pour connaître son sort..

Même s’il faut avoir beaucoup de second degré pour lire ce roman, il n’en est pas moins léger. Sous couvert de comédie, il nous pousse à réfléchir également sur ces fameux enjeux du pouvoir. J’y retrouve la portée philosophique propre à l’auteur, grâce à des citations ou des références ciblées. Il déploie ses connaissances, sans jamais alourdir son texte, ni s’écarter du thème de son roman. Nietzshe, Epictète, St Phalle, Desproges, Pascal, Aristote, Schopenhauer… on reviendra même un peu sur la religion avec un clin d’oeil à Dieu-Denis. C’est la patte d’Alexis Legayet.

Vous l’aurez compris, cette lecture a été encore un excellent moment pour moi. Moins « poussé » que ces deux autres romans lus (Dieu-Denis ou le divin poulet et Bienvenue au Paradis), il est vraiment à lire comme une comédie se moquant des déviances et absurdités du militantisme extrême.

Il est vrai qu’à lire plusieurs œuvres d’un auteur, on commence à reconnaître sa verve – c’est d’ailleurs celle qui nous retient – on sait aussi la direction qu’il veut prendre, ce qu’il veut dire, et surtout, le ton sur lequel il faut le lire.

Parce que finalement, ce roman est bourré d’humour, de cynisme et qu’il est politiquement incorrect. C’est potache et j’adore ça.

N’en déplaise à certains.

Alexis Legayet est professeur de philosophie au Lycée et enseigne depuis 15 ans. Auteur au ton résolument iconoclaste, il aime faire réfléchir de manière philosophique et humoristique sur les questions de notre temps (transhumanisme, véganisme, antispécisme…).

« La galanterie n’est que l’extrême raffinement de la culture du viol. »

Merci à Aethalidès pour cette lecture jouissive.

Parution 24/06/2021 – 190 pages – 18€

Quartier des Innocents {Marie-Hélène MOREAU}

Dans un quartier aux allures tranquilles, un jeune enfant disparaît. Il laisse pour seule trace, sa bicyclette plantée dans l’allée de sa maison. Personne n’a rien vu. Du moins, c’est ce qu’il se dit.

La construction du roman de Marie-Hélène Moreau, c’est autant de chapitres que de personnages et de vies. Un roman chorale dans lequel 10 protagonistes prendront la parole, tour à tour dans ce quartier au semblant de huis clos. L’auteure autopsie chacun des habitants avec une extrême précision, les rendant autant humains qu’associables. Nous retrouvons évidement des parents dévastés, un journaliste en quête d’une affaire croustillante, un livreur pas très malin, une vieille voisine seule à sa fenêtre, un copain d’école un peu renfermé..

L’un après l’autre, ils passeront sous les questions des flics, bien peu enclins à résoudre le dossier avec si peu d’informations fiables.

Chacun ira de sa petite routine, racontera sa version des faits, apportera sa voix, ou dévoilera ce qu’il pense être bon pour l’enquête.. et pour sauver ses intérêts. Avoir sa petite heure de gloire dans cette affaire sordide. On croit savoir sur son voisin, on imagine, on suppose et les rumeurs vont bon train derrière les rideaux. Car même s’ils habitent tous la même rue ou s’ils livrent régulièrement, leurs routes ne font que s’entrecroiser et personne ne se parle. Personne ne se rappelle du prénom de l’enfant disparu.

Du quartier des Innocents on passe à celui des coupables : car oui, inconsciemment, ils le sont tous un peu, par omission, par protection, par égoïsme. Coupables de ne voir que leurs intérêts, leurs pauvres vies bien ou mal rangées, leurs secrets.. Tous, ont un petit vice à cacher. Finalement, ces prétendus innocents, n’auraient-ils pas tous participé à la disparition ? J’ai trouvé que Marie-Hélène Moreau pointait bien l’individualisme de chacun.

On ne sait pas où l’on met les pieds en commençant ce roman. Il tient son côté psychologique dans le ton monotone d’un interrogatoire où nous sommes simple spectateur : on écoute des suspects parler, tranquillement, au mieux on échafaude une théorie.

Et puis sans crier gare, l’auteure bouscule notre lecture ; elle met nos sentiments à rude épreuve en laissant tomber un couperet final qui nous prend à la gorge et fait la lumière sur cette disparition. On ferme le roman avec un sentiment de malaise et de culpabilité, d’avoir eu la vérité au bout des doigts et de ne pas avoir su regarder où il fallait. Avec des si…

Je suis ravie d’avoir découvert une auteure à la plume aussi précise et percutante, Quartier des Innocents est un roman qui me restera marqué longtemps. Encore merci aux éditions Æthalidès pour ce nouvel envoi.

Lien du site Æthalidès – Parution Novembre 2020 – 208 pages – 18€

La chienne {Olivier MASSE}

Je suis une chienne. C’est sûr. Ils me l’ont assez dit.

Infidèle j’ai été, puis enlevée. Depuis les combats ne cessent pour me ramener.

Je suis arrivée par la mer, sur un navire. Je viens de là-bas, d’en face.. de l’autre camp.

Depuis je suis recluse dans une chambre en haut de cette muraille de pierre et je passe mes journées à dormir, tisser et à regarder par la fenêtre.

Je peux aussi aller sur ma terrasse, elle surplombe la ville jusqu’au camp d’en face.. J’y observe les oiseaux, récite l’emplacement des arbres, essaie de me souvenir.. et surtout j’assiste à cette guerre interminable dont je suis la cause, où tous ces chiens se battent et se saignent dans la poussière, au nom de la vengeance.

Aussi parfois je rêve que je vole sur la plaine et que je suis libre.

Je ne parle à personne, je sombre dans la folie.

Je suis seule alors que nous vivons à plusieurs dans cette même maison où chacun y à ses quartiers, je suis chienne pestiférée..

Belles sœurs, beaux-frères, belle mère.. Tout le monde me hais, les autres femmes me jalousent et me craignent, je le sais, je vole leurs maris..

J’étouffe sous la médisance de mon entourage : elles autres m’épient, me salissent, m’évitent.

Je suis terreur et ténèbres partout où je vais, ici encore plus..

Les seuls à m’approcher sont mes nièces, naïves, douces et jeunes, ainsi que mon beau-père, avec qui je converse en secret. Il veut tout apprendre d’en face, de ma famille, de mon passé.. peut être un jour je lui dirais.

Mais pas maintenant..

J’oubliais, mon nouveau mari, bel homme, sauvage, il vient souvent me voir, se lave, me fait l’amour, me traite de folle et repart au combat, blâmant également mon amour pour le camp d’en face.. m’emprisonnant toujours un peu plus dans ces murs de pierres.

Je ne devrais pas me plaindre, je suis puissante, riche et belle, je le sais aussi. Je suis à l’abri, isolée au milieu de toutes ces richesses, parée de robes drapées et de bracelets d’ivoire, de colliers d’or.. Et puis je suis dans leur camp maintenant.

Mais qu’est-ce que cette vie au prix de ma liberté ?

J’aimerais laisser une trace de mon passage, de ma vie, de ce qu’ils m’ont fait.

J’ai cette part de magie en moi, celle de pouvoir écrire et transmettre, je ne remercierai jamais assez mon oncle de m’avoir permis cet art.. Celui de communiquer à travers temps.

Puis, un jour, un combat de trop, le chef de la meute d’en face est tué.. J’ai le goût de sang dans bouche mais je n’en fais rien.. Je suis la chienne qui répand le mal et la mort, je voudrais mourir aussi. Moi, femme au double amour, je suis toujours au milieu, entre terre et mer, sombre et poétique..

Aujourd’hui j’échafaude une ruse, un animal de bois comme offrande à la déesse..

Demain, il y aura de nouveaux combats, du sang et la mort, mais j’aurais rendu une liberté.

En attendant, je trace des signes sur ma tablette…

Édition Aethalidès Collection Freaks – Parution Février 2021 – 222 pages – 18€

Lettre au recours chimique {Christophe ESNAULT}

Que dire d’un récit qui ne se raconte pas ? Ai-je détesté, sûrement pas. D’ailleurs, est-ce une lecture dont on peut dire que l’on aime ou pas, encore moins. Alors comment vous parler d’un ‘roman’ comme celui-ci ? C’est une lecture qui demande de l’attention, éprouvante : elle marque, indéniablement. Et l’auteur encore plus.

Christophe Esnault est d’abord un Amoureux de la littérature. Amoureux de l’amour, de la vie.

Souvent

J’aime la vie un peu plus que les autres

Quel gâchis cela serait de trop dormir

J’aime écrire et lire

A deux heures du matin

A cinq heures trente du matin

Mais il est atteint de dysphorie depuis plus de 20 ans. Il se décrit cador du parano aussi. Et angoissé. Il ne rentre pas dans les cases, il dérange ceux qui ne savent pas Vivre.

Pour nous présenter ses pathologies, il nous dresse un tour d’horizon de son monde, ce qui le rend humain, l’illumine, l’énerve, le révolte, l’affaibli. Il nous parle ici de tout, ses amours, des handicapés mentaux, des neuroleptiques, de la musique, des DRH, de ses rdv médicaux, des faux semblants, de l’importance de savoir VIVRE… Surtout.

Il se bat contre l’addiction, les psys, les médocs, sa folie, les normalités, celle du couple,… Le couple, sa vision est absolue ; il aime l’amour, mais pas le couple. De ce qu’on en fait et de ce ‘faut’ qu’il représente pour les normaux.

Le couple est une structure aliénante et torve dans lequel deux êtres sont emprisonnés.

C’est pourquoi l’auteur aime tant sa femme, par ce qu’elle est libre de lui.

Il nous ouvre les yeux et confie ses autres manques, ses souffrances qui dérangent.

En premier lieu visé, le soin psy.. prodigué par ces hommes aux blouses blanches faussement thérapeutes, cachés derrière des murs de diplômes et dénués de la seule chose qu’on leur demande : l’Ecoute de l’humain et sa compréhension.

L’ECOUTE

Aujourd’hui, on sédate le patient sans connaître la cause de son mal, et pour avoir la paix. Et puis parce que cela fait tourner le monde. Le fric.

Vous avez besoin de malades

Pour payer vos maisons à quatre étages

Vous avez besoin de pathologies

Pour partir en vacances tranquilou

Vous avez besoin de malades

Pour trouver gratifications diverses

& statut social

Confort social

On prescrit, c’est tout. On lance les engrenages de traitement longue durée sans se soucier des effets secondaires de traitements au long court.

Mais on n’écoute toujours pas.

Troupeau de normopathes

Ou troupeau de psychiatres

L’effacement de l’individu

Au profit de celui qui encaisse le chèque

Christophe Esnault devient fou de cette transparence, de cette cécité sur les besoins de milliers d’autres patients, de ces pathologies qu’on colle au dos pour donner le droit de prescrire encore un peu plus et bien sûr, il souffre aussi.

Ce récit est « Un texte centré pour un homme égocentré », qui a pris autant de soin à {dé}ranger ses mots, sans dessus dessous, sans règle particulière, à demi, chevauchant, barrés ou solitaires.. Ici les mots, les phrases dansent, volent, se cherchent, explosent, accusent, aiment, pointent.. Dans ce joyeux bordel, chacun à la place qui lui revient et tout est alors limpide.

Cette plume incessante sort « mille pensées à la minute », dans un flot enivrant, spontané. L’auteur plante sa plume au cœur, dans une explosion de sincérité, elle est piquante, cynique et folle, surtout maladivement poétique.

Pour reprendre mon souffle, j’aurais pu fermer ce livre et le continuer au fil des jours, mais.. je suis restée en apnée. Certes court récit d’une centaine de page, ce plaidoyer saisissant se lit d’une traite. Lorsque Christophe Esnault entre dans notre tête, il y reste ; ce genre de personne ne vous laisse plus tranquille une fois rencontrée, lue ou écoutée.

Elle habite votre esprit.

Elle ne s’arrête jamais, elle est solaire, rieuse, bavarde. On voudrait qu’elle aie toujours à nous dire.

Au point d’en être saoulé.

Drogué.

Nous aussi.

Il y a des rencontres qui marquent l’esprit : une présence, une personnalité, un charisme, un tempérament ou aussi un flot de paroles déversé le temps de la « rencontre ». Ou tout ça à la fois. Quand elles entrent en scène, c’est la tornade, tout vole, tout brille, tout éclate et une fois la porte refermée derrière elles, on reste seule, avec pour unique bruit, le silence qui nous enveloppe.

Comme une chape de plomb qui nous tombe dessus.

Alors vous vous demandez ce qu’il vient de se passer.

Et vous reprenez votre respiration, enfin.

« Lettre au recours chimique » n’est pas que le long monologue d’un fou, c’est d’abord les proses d’espoir d’un homme qui ne veut plus souffrir.

Puisse cette lettre faire changer les choses ♥

Ce récit sort le 11 Mars, je ne peux que vous conseiller de le précommander.

Lien Aethalides (ici) – Collection Freaks – 112 pages – 16€

Hélène n’était pas à Troie mais en Egypte {Jérôme DELCLOS}

Le mercredi c’est permis.. de lire de la Philosophie !

Ne vous fiez pas à la catégorie Littérature Jeunesse pour ce superbe roman de Jérôme Delclos. Non..

Nina, Sabine, Nadir et Charles-Henri dit C.H., quatre élèves de seconde. Une vie d’étudiants presque rêvée, sous le soleil de Nice. Oui mais voilà, ils ont un emploi du temps pourri, une proviseure adjointe qui a mal vieilli, des profs qui ne les prennent pas au sérieux et une Sabine secrètement (folle) amoureuse d’un élève de terminale.

Ces derniers eux, ont la côte auprès des profs et ils squattent la meilleure place dans la cour sur LE seul banc au soleil. Mais qu’ont ils de plus ? Et bien ils font de la philo : cette matière tant controversée et qui n’est surtout pas au programme de seconde.

Pourtant, nos 4 comparses se lancent le défi de convaincre un prof qui les initiera à la philo. Il y a bien un professeur connu de tout le lycée mais sa réputation ne laisse présager rien de bon.

C’est donc d’un pas lourd qu’ils arpentent les couloirs du lycée pour dénicher le malheureux élu qui devra leur faire étudier cette discipline. Après plusieurs déconvenues et refus, plus de choix, il n’en reste qu’un : Monsieur Ferucci, surnommé « l’Ours » par les élèves et enseignants à cause de son tempérament exécrable.

C’est pourtant lui qui les mettra au défi d’étudier un texte d’Alain pour avoir la chance de « poursuivre» quelques cours auprès de lui.

Avec ce roman, Jérôme Delclos propose au lecteur une initiation très délicate et complètement adaptée aux jeunes ados (et aux néophytes comme moi ! ). Tout est amené avec délicatesse et subtilité, par le biais d’un texte où l’on se prend nous même à réfléchir.. Qu’est-ce que cette scène au marché, et comment l’interpréter ?

Chaque jeune rendra sa copie et il est vrai que les réflexions y sont bien différentes, à l’image de chacun des protagonistes. Quand l’un y voit un esprit sportif du dimanche, l’autre y voit des prémices d’amour entre deux inconnus. Chacun son vécu, son éducation, son libre arbitre. La philo donne lieu a débats, comme dans la vie de tous les jours.

Ici et là, des noms, des œuvres pour nous faire découvrir une philo décomplexée et attractive. Afin d’étayer ses propos, l’Ours (donc l’auteur) propose de ci-de là, des citations pour aller plus loin dans la découverte et étancher la soif de ses jeunes recrues dont il saisit les tracas d’ados à la lecture de leurs copies : Les Confessions de Saint Augustin, « L’Iliade » et « l’Odyssée », « Remèdes contre l’amour » d’Ovide, « Remarques mêlées » de Wittgenstein, Platon, Apollinaire et son texte revisité sur Hélène de Troie, parmi tant d’autres…

On s’aperçoit alors que cette matière est terriblement accessible et qu’elle est là au quotidien. La vie n’est que philosophie, l’amour aussi, comme le constatera Charles-Henri..

J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman jeunesse et me plongerai sans hésiter dans les propositions littéraires de l’auteur. De plus, outre son approche moderne, les préoccupations des jeunes lycéens y sont parfaitement bien retranscrites ; vie du lycée, amours, amitiés, relations, estime de soi, bref tout y est, sans clichés. Le style totalement actuel et dans l’air du temps, les personnalités des 4 ados sont très réalistes : on connaît tous une Nina, Sabine, un Nadir ou un Charles-Henri. J’ai adoré sa construction aussi, de part les alternances de textes, d’échanges sur messagerie.

Les illustrations de Philippe Lo Presti apportent humour, légèreté et pauses contemplatives.

Avec « Hélène n’était pas à Troie mais en Égypte », l’auteur nous offre une philosophie didactique, une entrée en matière vraiment accessible et surtout pas barbare. Roman idéal pour tous les bons lecteurs à partir de 12 ans (et même les grands un peu réfractaires au départ 🙂 )

Il me reste maintenant à me plonger dans les autres romans de l’auteur Jérôme Delclos pour découvrir cette plume incisive chez les adultes !

Merci à Laurent des Editions Aethalidès pour cet envoi, à quand une nouvelle parution Jeunesse ?! 🙂

Edition Aethalidès Collection Eos (lien) – Parution Décembre 2018 – 154 pages – 9,90€