Le corps d’après {Virginie Noar}

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Une magnifique couverture qui laisse votre imagination ouvrir les portes de ce roman sans filtres, pour public averti.

J’ai lu ce « récit » il y a de longs mois. Je l’ai fini essoufflée et l’esprit chancelant. Les mots jaillissaient sans ordre, définissant à peine toutes les émotions que j’ai ressenti tout au long de ma lecture et en refermant ce livre. Retour peu évident à faire, il sera à l’image du récit. Brut.

« Le corps d’après » ce sont les mots d’une femme qui n’est pas prête à être mère. Enfin si, biologiquement. Mais qui veut l’être à sa façon, libre de ressentir son être-profond, et tous ces doutes et contradictions humaines. Et féminines. Envoyer un pied de nez à toutes ces formes de bienséances et ces principes de vie qu’on s’impose.

La narratrice parle d’elle et débute le roman par l’annonce de sa grossesse.. cette effervescence autour de sa personne : la joie, la surprise, le bonheur, les félicitations. Tout ce qu’elle est censée ressentir dans ce moment là, les clichés que l’on attend d’une femme heureuse, enceinte. Mais elle, elle est partagée entre ce qu’on attend d’elle et ses sentiments, ceux aux portes de son corps, qui la foudroient et la bousculent par ce qu’ils sont bien réels eux. Elle a l’air même de regretter être enceinte, de ne pas y prendre plaisir. Arrivent le questionnement du pourquoi être mère ? Poursuivre un héritage ? Réparer les erreurs de nos parents ? Ou vouloir enfanter par habitude ?

Puis le changement radical pour revenir dans les souvenirs du début de sa carrière : la pornographie. La rencontre avec son producteur et la brutalité de leurs échanges. Quelle idée de passer de l’accouchement à un entretien d’embauche chez le pornographe… pas de vulgarité, juste la réalité du métier.

Ensuite elle revient dans le présent et sur la violence de la libération, l’accouchement et ce nouveau sentiment de ne rien contrôler, qu’en plus elle en souffre. Puis de nouvelles émotions contradictoires, pourquoi se sent elle vidée maintenant ? Pourquoi ces contractions violentes et viscérales de mère, d’avoir peur que son enfant meurt ?

Les étapes de la vie de femme sont décrites ici sans pudeur et les mots sont tous choisis.. ils viennent des entrailles parfois. La narratrice est tantôt libérée, libertine, épanouie, puissante, vulnérable.. Elle ose dévoiler et assumer un érotisme débridé, caché au fond de chacune de nous. Parfois accompagné d’une violente douceur.

La plume de Virginie Noar est superbe, acerbe et incisive, poétique et intime explorant toute sa sexualité. Elle est aussi brute, belle et puissante, perverse et maternelle.

Mais est-ce peut être là l’éternel quotidien des femmes, leurs doutes et leurs questionnements, leur craintes, leurs entraves et dénis mais aussi leurs intimes besoins. Quand le corps réclame..

Ce récit, auto biographique ou pas, nous intime de nous affirmer, d’envoyer valser le conformisme et d’Osez être Femme avant d’être mère.

 

Merci à Nadia et aux Editions François Bourin pour cette magnifique lecture que je vous conseille vraiment.



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Editions François Bourin (lien) ∴ Août 2019 ∴ 256 pages ∴ 19€

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La photo de la brasserie {Jeanne Taboni Misérazzi}

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Bonjour les jeunes lecteurs ! C’est le retour des romans jeunesses du Mercredi… Aujourd’hui, je vous parle du besoin de savoir d’où l’on vient lorsqu’on sait que l’on est adopté.

Caroline, une jeune femme déjeune tranquillement avec son amie Marie dans une brasserie de la ville. Sur un des murs de l’établissement, elle remarque une photo ancienne, sur laquelle il y a une petite fille lui ressemblant énormément. Troublée par cette découverte, elle décide d’en savoir plus et de remonter à la source pour connaitre les propriétaires de ce cliché.

Elle sait que ses parents ne sont pas ses parents biologiques mais l’idée soudaine d’en savoir un peu plus sur ses géniteurs, devient alors vite une nécessité. Plus elle avance dans ses recherches, plus les éléments se concentrent autour de son histoire et de ses origines. Certes, ce n’est pas elle sur cette photo, mais bien quelqu’un de très proche. Cependant est il toujours bon de vouloir fouiller le passé ?

Malgré le sujet fort de la quête d’identité et des racines, Caroline retourne vers ce passé simplement, avec beaucoup de courage et de maturité. Durant son parcours, elle fera en plus la rencontre de personnes bienveillantes qui cachent des secrets depuis bien des années.

Pas de suspens insoutenable ni d’aventures palpitantes : c’est vraiment un cheminement pour accepter ses origines, l’assemblage de détails comme un puzzle géant et l’acceptation d’une nouvelle histoire, la nôtre, qui surgit soudainement. Qu’elle soit bonne ou mauvaise.

Lecture résolument agréable et vocabulaire très accessible. Le fort du roman est axé sur la recherche des origines et surtout, les émotions qui en découlent. Aussi les sentiments confus avec la famille adoptive qui se retrouve en second plan, avec la peur de ne plus être « le » seul parent aimé, d’être relégué à la place « de celui qui a élevé ».

La découverte de ses origines est parfois remplie de surprise(s). Elle peut aussi parfois faire la lumière sur des émotions enfouies dont on ne sait pas toujours d’où elles viennent ou même de répondre à des questions qui nous habitent secrètement. Une recherche indispensable pour savoir qui nous sommes complètement.

J’ai beaucoup aimé ce petit roman et je le conseille jeunes lecteurs à partir de 10/11 ans.

Lecture confiée par Oskar Editeur que je remercie pour leur confiance habituelle..

 

Oskar Editeur (lien) ∴ Collection La vie ∴ Janvier 2020 ∴ 14,95€ ∴ 147 pages

Mama Red {Bren Mc Clain}

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Début des années 50, Caroline du sud, deux familles opposées de par leur classe et leurs aspirations.

Sarah Creamer élève seule son fils « adoptif » Emerson Bridge. Ce jeune garçon est le fruit d’un adultère entre son mari et sa meilleure amie. Cette dernière s’est donné la mort après l’accouchement, le mari est parti, laissant Sarah désemparée. Sa vie est rude, modeste mais elle s’engage à tout donner à son petit garçon afin qu’il ne manque de rien. Elle qui n’a guère reçu d’amour maternel, a beaucoup de mal à transmettre à son tour. Ce fils n’est pas le sien, alors comment peut on aimer quand même ?

L’autre famille, les riches éleveurs Dobbins. Mildred, une mère effacée face à la sévérité d’un mari qui ne connaît que l’amour violent et ne transmet à ses fils qu’une virilité mal placée. L’argent, le pouvoir, la force.

Un concours est organisé tous les ans à la ville ; celui du plus gros bœuf. Le gagnant remporte une grosse somme d’argent et son animal aura la chance d’être l’élu pour les prochains steaks de la ville.. Les Dobbins sont les éternels vainqueurs années après années. C’est pour tenter d’occuper Emerson et espérer remporter le concours que Sarah décide d’acheter un veau à son fils. Il sera baptisé Lucky. Un matin, ils découvrent la mère de Lucky dans leur champ : celle-ci ne supportant pas la séparation d’avec son petit, parcourra la route pour le rejoindre chez les Creamer. Malgré ses finances sensibles, Sarah décide de garder la vache, Mama Red.

Durant une année, Emerson et sa mère se heurteront sans surprise, à la haine du père Dobbins qui fera tout pour saboter l’élevage de Lucky. Les méthodes d’élevage sont bien exposées dans ce roman, entre ceux qui élèvent pour produire et  ceux qui élèvent parce qu’ils aiment l’animal. Mais grâce à leur travail, Sarah et son fils s’attacheront à la terre, à Lucky et verront naitre une affection spéciale avec leurs animaux malgré les difficultés financières qui les accablent. Sarah découvrira alors, un autre lien, celui d’une mère pour son enfant. Mama red deviendra sa confidente et lui apprendra petit à petit, comment aimer. Cette vache à l’amour si évident. Entre des deux mères, un dialogue de sourds, que seules les mamans comprennent au fond de leur cœur. A sa façon Mama Red transmet à Sarah, les rennes pour devenir mère et lui prouve que les liens du sang ne font pas toujours tout.

Un roman un peu sombre, dramatique mais tout en finesse. Une plume résolument simple, brute et subtile, chargée d’émotions. L’auteure nous transmet son amour pour la terre et les relations filiales, sous toutes formes qu’elles soient. Sarah pour son Emerson, Emerson pour Lucky, Mama Red pour petit..

Mama Red est un « personnage » phare réellement attendrissant et humanisé. Comment réussir à faire parler une vache tout en restant crédible ? Ici, le regard transmet une parole, un museau humide un réconfort, un meuglement rappelle à l’ordre. Des « mots » riches comme la terre et l’amour que les personnages se portent. Un roman que l’on pourrait classer de terroir, qui m’a beaucoup touché, avec la crainte inévitable de cette fin qu’on ne veut pas voir venir, pour nous, comme pour les  garçons .

« Mama Red » de Bren McClain m’a été confié par une maison d’éditions que je découvrais alors et dont j’adore la qualité des livres.. les illustrations de couvertures sont superbes, la qualité du papier est au top.

Un énorme merci à Marie Bisseriex, traductrice et éditrice des éditions Le Nouveau Pont et milles excuses pour le retard.

Je viens de me procurer leur dernière parution qui ne déroge pas à la règle et j’ai hâte de venir vous en parler.

Editions Le Nouveau Pont (lien direct) ∴ Octobre 2019 ∴  330 pages ∴  20€

 

 

 

L’homme qui voulait voir tous les pays du monde {André Brugiroux}

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« L’homme qui voulait voir tous les pays du monde » a son titre tout trouvé : c’est l’histoire vraie d’un homme banal qui avait un rêve. Visiter tous les pays du monde ! Un souhait, un besoin plus qu’un pari.

André Brugiroux, l’auteur nomade, nous racontera sa vie, au détour de ses rencontres et ses voyages, au travers des pages de ce modeste livre. D’ailleurs, difficile de déterminer ce que c’est, un guide, une encyclopédie ?

Son périple débutera à l’aube des années 1955 et durera près de 60 ans… Il part à 17 ans avec 10 francs en poche. Il a commencé à une époque où les moyens n’étaient pas les mêmes, où tout n’était pas aussi cher, les gens peut être moins suspicieux, certains tous aussi généreux. Mais nous pourrons aussi constater le progrès ou les régressions de l’être humain. Peut être le moment – accompagné de cette pause actuelle – pour faire le point sur notre vie, nos rêves, nos réels besoins.

Dans ces années là – et même encore aujourd’hui pour certains pays, tout est question d’organisation, et d’autorisations administratives. Vous vous doutez bien qu’il y a 50 ans, toutes les frontières n’étaient pas ouvertes et les conditions d’accès  étaient parfois très compliquées. Il faut pouvoir entrer dans tel ou tel pays par connaissance, par invitation ou hasard.  Il lui faudra parfois plusieurs aller/retour ou attendre quelques années pour parvenir à rentrer dans certains pays, de l’Europe, à l’Asie, l’Amérique en repassant par l’Europe car un ami lui ouvre les portes, pour ensuite revenir vers l’Afrique. Et comme ça toute sa vie.

En 70 le stop, l’auto stop, le nomadisme,  c’était très peu pratiqué, peu envisageable, incroyable, fou ! Qui ose partir à l’aventure ? Et bizarrement aujourd’hui, on trouve hallucinant de voyager ainsi alors que bien des moyens de locomotion sont à disposition et parfois peu chers.

On compare un voyageur-nomade à une personne sans attaches, sans avenir, comme un raté de la société qui ne possède rien qu’un sac à dos et des souvenirs. A l‘heure où aujourd’hui il faut acquérir maison, compte en banque et grosse voiture pour « réussir », il est peut être temps de se poser les bonnes questions.

Le nomadisme est un état d’esprit. On ne le fait pas pour la gloire ou parce qu’on n’a pas de sous pour voyager. On devient nomade par ce qu’on en a besoin. On veut rester libre. On veut réussir notre vie. C’est un énorme voyage intérieur, une ouverture d’esprit qu’on n’apprend pas  avec le métro/boulot/dodo.  Partie seulement 1 an et demi en mer, j’ai appris sur moi et le monde, bien plus que dans mes 40 ans de « vie d’avant ».

Pour revenir au livre, André Brugiroux nous contera évidement comment il a réussi à entrer dans les pays, mais bien sûr, nous donnera beaucoup d’anecdotes internationales mêlées à l’histoire de notre monde, des frontières. Vous vous en doutez, en 40 ans, il s’en est passé des choses ! 

• Fin 71, il est un des premiers voyageurs à pouvoir découvrir le Yemen, qui n’accueillait alors aucun touriste. C’est grâce à l’entraide et à des rencontres fortuites durant son périple, qu’il a pu entrer dans ce pays comme un membre d’une famille. Pourtant, pays protégé et non touché par les Trentes Glorieuses, il découvre encore des coutumes moyenâgeuses, où notamment, les femmes ne doivent pas croiser les hommes de la maison. C’est par un malheureux hasard que l’auteur y croise la femme de son hôte : la pauvre n’a d’autre moyen que de relever sa jupe pour se ouvrir le visage.. Charmant dit-il ! 

• Opposition dans les cultures : au Japon, fragment de la planète Mars échoué sur cette terre, c’est un déshonneur inenvisageable de faire du stop. Par contre, prendre un auto stoppeur est un grand honneur et certains Japonais feront même 700 km pour emmener en voiture André Brugiroux à l’étape suivante de son tour du monde !

• Les excisions des fillettes à Djibouti au moment de son voyage mais encore en pratique de nos jours chez certaines ethnies du Mali, du Sénégal et en Mauritanie..

• L’Inde, une autre dimension. Elle vous saisit à la gorge. Chaque seconde, le sublime côtoie le sordide et cette terre par excellence des paradoxes est capable de marier à la spiritualité et l’analyse de la conscience les plus hautes une indifférence absolue pour le malheur d’autrui.

Bien évidement, parti jeune de chez lui sur les routes de sa vie, son manque de connaissance de certaines coutumes lui valent quelques déconvenues administratives et judiciaires parfois, des passages en garde à vue, des nuitées au niouf. Son pire souvenir, en Afghanistan, où les soldats incultes ont l’arme particulièrement facile, les habitants peu enclins à l’hospitalité.. Assurément un pays superbe mais habité par le peuple le plus rustre qu’il lui ait été donné de rencontrer.

A l’opposé avec les Philippins, le peuple le plus gentil du monde..

Vous l’aurez compris, mon retour de lecture n’est une infime partie de ce livre-témoignage : « L’homme qui voulait voir tous les pays du monde » est un recueil d’anecdotes, d’histoires vécues au plus proche de l’humain et l’évolution de notre monde. Le tout dans une plume qui se veut très facile, imaginez vous un soir autour d’un bon feu et quelques amis qui vous racontent leur voyage..

Bizarrement, moi qui ai le sang de baroudeuse, je n’ai pas été envieuse. Certainement « le trop » de  pays. Bien que ce soit sur plusieurs années, le livre lui ne défile que sur 200 pages rendant la lecture assez dense.  Les informations fusent au rythme des pays visités. Les anecdotes médicales, les bons moments chez les locaux, les galères rencontrées aux douanes, tantôt comique comme en Ethiopie, tantôt tragique comme en Afghanistan.

Et je crois que c’est ce trop  plein qui m’a étouffé. Malgré tout, je sais que lorsqu’on voyage, on aimerait raconter aux autres, tout ce que l’on a vécu. Trop ou trop peu, difficile de faire le choix et de  résumer toute une vie dans seulement 200/300 pages.

Alors  je parlerais tout de même de ce lire témoignage en positif : il est bon de le lire, de s’imprégner de toutes ces richesses que nous offre le monde, le partage et les rencontres avec l’humain. Surtout en ce moment..

Je vous spoile carrément mais oui, André Brugiroux a bien visiter Tous les pays du monde et son périple s’est achevé en 2016. Certes, il n’y était pas en club 5 étoiles à chaque fois, mais il a tout de même traversé les états administratifs de tous les pays de notre globe.. quoique.. Lorsque j’ai lu le livre, il y a quelques mois, l’auteur approchait des 83 ans et il ne lui restait que l‘Archipel des Chagos dans l’Océan Indien. Absolument impossible d’y aborder car les Américains y ont établis la plus grosse base militaire au monde, elle reste néanmoins accessible par la mer par des navigateurs qui arrivent à y faire escale. Si par hasard des voileux passent sur ce blog… !

 

« Sur les routes, à la découverte de soi et des autres »

 

Merci aux Editions City pour cette lecture.

 

L'homme qui voulait.. Brugiroux_Parcours

Parcours d’André Brugiroux (Droits Photos)

 

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