Je t’ai rêvé {Francesca Zappia}

Mercredi c’est trop permis !

 

Je tai révé

 

Alex vient de se faire renvoyer de son lycée pour avoir tagué des choses peu sympas sur le sol du gymnase.. Arrivée dans son nouvel établissement,  la première chose à faire sera de passer inaperçue : pas facile quand on est schizophrène et que notre réputation à l’air d’avoir suivie jusqu’ici. Il va falloir la jouer fine.

C’est très rapidement que nous allons nous plonger dans l’univers d’Alex :  un monde de craintes, de folies, de doutes. Elle n’a de cesse de se demander si cela est bien réel, si ceci est inventé ? Nous même sommes incapables de cerner le vrai du faux et on s’imagine aisément la vie qu’elle subi quotidiennement.

Heureusement, elle peut compter sur sa famille et son meilleur ami pour la soutenir tant bien que mal. Au lycée, elle fera la rencontre de Miles, jeune homme particulier lui aussi : que cache son air agressif et hautain ? Pourtant, elle semble déjà le connaitre, des brides de souvenirs refont surface sans arrêts. Un rêve revient sans cesse, une personne aux yeux bleus qui la regarde et une histoire de « homard à sauver » dans l’aquarium d’un magasin lorsqu’elle était jeune.. c’est tout ce qui lui reste en tête. Est-ce son imagination qui lui joue encore des tours ? Miles est il réel ?

De plus, une intrigue au goût de harcèlement scolaire se mettra en place au sein du lycée, un drame s’est passé quelques années auparavant et l’attitude de certaines personnes est plus que suspicieuse.. Miles, Alex et la petite bande vont devoir démêler l’affaire.

Une flopée de sympathiques personnages sont présents autour d’eux, tous avec leurs particularités et leur intérêt – ou pas.

Cependant, j’ai trouvé dommage que la schizophrénie soit mise en second plan à la faveur de cette petite enquête au milieu de tout ce petit monde. C’est vrai que j’aurai peut être aimé que le sujet soir traité un peu plus en profondeur. Il me semble qu’il s’agit là d’un sujet fort et important, qu’Alex le vit mal et ne sait pas à qui en parler – voire même est gênée d’en parler, de ce fait un roman destiné aux ados pourrait peut être permettre de les « aider » dans cette démarche. Ou même, de pouvoir comprendre un peu plus un de nos proches dans ce cas sensible.. Ce n’est qu’à la fin, le twist déroutant qui met en évidence une des facettes de ces hallucinations : des vérités qui sautent à la figure, qui peuvent faire perdre pied.. malgré quelques doutes à la lecture, les révélations m’ont vraiment peiné car on peut complètement comprendre ce que vivent les « schizophrènes ».

A part cette petite exigence capricieuse, j’ai bien aimé ce roman, il se lit bien et reste une chouette fiction jeunesse – à l’Américaine, toute en légèreté.

 

Traduit par Fabienne Vidallet
Lecture numérique

 

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R-Jeunes adultes ∞ Nov 2015 ∞ 450 pages ∞ 18,50€ broché

 

Et parce qu’il n’y a pas que mon avis qui compte, il y en a par ici aussi 🙂

Au jardin suspendu

Léa Touch Book

Lecture jeunesse

 

Le règne du vivant {Alice Ferney}

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Bonjour tout le monde,

Partie quelques temps en mer, je ne pouvais qu’être interpellée par cette sublime couverture : une femme enlaçant un énorme béluga futuriste, entourés de plastiques, filets, hélice prisonnière.. Les animaux sont nos amis, nous avons besoin d’eux, comme ils ont besoin de nous pour les protéger.

Gérad Amussen, reporter, décide de monter à bord d’un bateau militant contre les pêches illégales en zone protégée, afin de filmer une des expéditions de ses activistes de la planète.

On rentre très vite dans le vif du sujet avec des chasses et courses poursuites. La plume est très imagée, palpitante, pourtant elle n’a pas besoin d’en dire trop pour entrevoir ce cruel spectacle. L’auteure ne prend pas de gants, elle relate finalement une triste réalité : mise à morts d’animaux, harpons volants, dépeçage, c’est réellement ce qui se passe sur les bateaux piégeurs. Sous nos yeux et nous ne faisons rien.

Dans « Le règne du vivant » Magnus Wallace, gérant de l’association Gaïa, est le héro : provocateur, audacieux, tête brulée, inconscient ? il est tout ça à la fois mais toujours prudent et très protecteur de ses équipiers. Il fait la guerre aux braconniers mais ne mettra jamais la vie de l’équipage en jeu. Son objectif : saboter – sans violence – les pêches illégales des écumeurs. Malgré des zones protégées, des lois anti trafic, on s’aperçoit sur la mer, que la corruption est bien plus forte.

On se rend compte à quel point le chat se mord la queue : des défenseurs volent au secours des animaux, afin de faire respecter les lois, mais ces mêmes lois sont ignorées et carrément rejetées par les mafias territoriales. Ce sont les défenseurs les plus pourchassés ! Toute cette mafia financière qui tend à protéger les pourris plutôt que les espèces. Quoi que, c’est tout de même une espèce de pourris qui est couverte. Les braconniers opèrent sous la protection de leur armée nationale. Les industries de pêche à la baleine et aux requins ont le soutien des économistes et des politiques.. les assurances payent le prix fort dès qu’un navire de pêche est touché.. et finalement, ce sont les dégâts matériels qui font couler bien plus d’encre que le sort de ces animaux en voie de disparition. C’est honteux..

C’est aussi la faute à l’évolution de la pêche pour la faire devenir rentable. Nous sommes loin du temps où l’on pêchait simplement..

« Il y a 150 ans, à la grande époque de la pèche baleinière, quand c’était un sport mortel de se trouver debout prêt à frapper le Grand poisson, un navire pouvait naviguer plusieurs jours sans croiser d’animaux, dit Philippe aux volontaires.{…}Cette incertitude n’est plus de mise. Les animaux sont même repérés par satellite, ils n’ont aucune chance d’en réchapper. La mort devient leur seul asile. C’est la raison pour laquelle il est urgent une fois atteinte la zone de recherche que nous trouvions sans tarder les chasseurs »

Pour peu que le futur de notre monde vous préoccupe déjà un peu, ce livre ne peut que vous renforcer dans vos actions de tous les jours, à combattre ce fléau à votre niveau, à prendre conscience mais surtout agir, de passer le relai à nos générations futures afin qu’elles vivent dans un monde respectueux. Ce roman dénonce la violence et la rapacité de l’être humain. N’avons-nous pas honte ? nos enfants nous accuserons..

« Le règne du vivant » est un savant mélange entre fiction et témoignage biographique. Alice Ferney m’a offert un terrible voyage : ce roman n’est pas un coup de cœur mais doit être un coup de poing ! On ne peut aimer ces vérités qui existent bel et bien dans notre monde pourri.  Cette pêche intensive et cette chasse à l’homme qui vit pour la défendre, au risque d’y perdre sa propre vie.

C’est une fiction qui est particulièrement proche d’un personnage existant et qui se bat lui aussi pour la protection des espèces marines. Un homme que j’adore et respecte beaucoup : Paul Watson, fondateur de Sea Sheperd. Je crie aisément avoir ses convictions, mais je chuchote ne pas avoir son courage.

Je n’ai qu’un mot : lisez le.

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Lien BABEL ◊ 206 pages ◊ 7.70€ broché ◊ Novembre 2016

 

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Et puisqu’il n’y a pas que mon avis qui compte, allez faire un tour ici 🙂

Les livres de Mamie Cerise

Marine MLire

 

 

La fille de l’hiver {Eowyn Ivey}

La fille de l'hiver

 

Nous partons pour l’Alaska, mais cette fois, pour un conte plus tendre qu’avec ceux de David Vann.

Début des années 1900, Jack et Mabel, couple d’une cinquantaine d’années s’exilent dans ce pays polaire et très solitaire. Ils souhaitent vivre reculés de tous pour permettre un deuil impossible à faire ; celui de la perte d’un enfant.

C’est au milieu de cette terre glaciale et hostile, qu’ils vont tenter de reconstruire une vie. Leur vie, celle qu’ils ont choisie. Au milieu de cette nature sauvage, où ils devront apprendre à survivre au rythme des saisons.

Jack et Mabel couple pourtant taiseux, s’offrent une soirée sous la neige, à s’amuser, à oublier leur tristesse commune et leur sentiments disparates : ils construisent un bonhomme de neige, et lui donnent l’apparence d’une petite fille. Or le lendemain, ce n’est qu’une flaque d’eau qui se trouve sur leur terrain. Mais à la grande surprise, cette flaque prend vie et c’est une jeune et jolie fillette qui se ballade dans la nature, habillée comme la veille.

L’auteure nous emporte dans cette très belle histoire fantastique. L’apparition de cette fillette se fait progressivement. Et petit à petit, elle s’invite dans cette famille avec son lot de mystères, de surprises. Chaque hiver, elle fait partie de leur quotidien, imaginaire ou non.. Mais dès les beaux jours, elle disparait.. Pour Mabel, profondément marquée par la perte de leur enfant et par un troublant conte Russe que lui lisait son père, c’est une bénédiction, mais également source de conflit avec Jack car elle est la seule à la « voir ».

Les années passent, la petite devient belle jeune fille, femme.. Leur relation s’est affirmée, dévoilée et maintenant chacun voit en cette fille une lueur de vie et d’espoir.

La plume de l’auteure est douce, simple mais pleine de magie. Malgré la rudesse du climat hivernal et les multiples descriptions de cet univers de chasse, pêche et travail aux champs, ce roman baigne sous un manteau blanc et neigeux, fait de milles paillettes, magique et rempli de tendresse. J’ai beaucoup aimé Mabel, touchante malgré sa discrétion, et Jack, rude mais aimant. La relation avec leur amis et voisins est rempli de joie et d’amitié sincère, pourtant si différents.

Un roman qui pourrait aussi bien plaire à nos grands ados et aux plus jeunes amoureux des contes magique et rigoureux.

 

Lecture numérique

 

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Chez 10/18 ◊ 480 pages ◊ 8,40€ ◊ 12/01/2012

 

Et parce qu’il n’y a pas que mon avis qui compte, d’autres lecteurs plus ou moins conquis :

L’imaginarium

Au paradis du livre

 

 

Désolations {David Vann}

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Bonjour bonjour !

Je continue avec la bibliographie de David Vann. Caribou Island est donc le deuxième roman de l’auteur ; afin de ne pas faire répétition avec le premier Sukkwan Island, la version française est traduite par Désolations. Je m’étais procuré la version originale, tant elle me plaisait (la couverture est blanche et or), mais je n’ai pas eu le courage de la lire en anglais. Un jour peut être ?!

Ce roman porte bien son nom : ici tout est désolant ! Le cadre, les personnages, l’histoire.. Gary, tout juste retraité, habité par les regrets sur sa vie et sa femme, souhaite s’installer sur un ilot du lac et y construire une cabane pour y vivre ses derniers jours heureux. Sa femme Irène, elle aussi insatisfaite de sa vie et de son couple, s’aperçoit que son mari l’insupporte au point de tout remettre en question. Elle se renferme et subit de violentes migraines, tout au long du roman.. Leur fille Rhoda essaye tant bien que mal de maintenir des relations saines entre ses parents, son frère marginal et son mari Jim (qui est le Jim de Sukkwan Island). Mais tout ce petit monde traine une mentalité qui va gangréner les tensions permanentes.

Bien que le décor décrit soit magnifique, ou du moins qu’on l’imagine,  il n’en reste pas moins hostile, sauvage.. les personnages tous aussi toxiques les uns des autres. C’est pour le moment, le roman que j’ai le moins aimé, et pourtant ce n’est pas dû à un manque de talent. C’est simplement ce rythme lent et nonchalant.. Désolant !  on assiste à la descente de cette famille, la fin de leurs liens, à leur médiocrité, leur toxicité entre eux. Doucement et tout au long du roman, Mister Vann nous enlise dans cette noirceur. On  a envie de s’échapper de cette terre humide et froide, ce vent glacial, la mer.., Mais il y a toujours ce je ne sais quoi qui nous pousse à tourner la page pour connaitre le dénouement de l’histoire. On aime à savoir comment et qui va tuer l’autre.. Lequel craquera, jusqu’où iront-ils ? Et c’est souvent celui qu’on imagine le moins qui lâche la bombe.

Je l’ai moins aimé aussi car j’y ai trouvé des longueurs : la construction de la cabane (comme dans Sukkwan Island) où le pauvre Gary, peu aidé, a toujours un clou manquant ou un angle mal affuté. Il n’est pas vraiment soutenu par Irène – certes migraineuse qui avale des doses monstrueuses de médocs et qui râle, qui râle (j’ai voulu qu’elle crève des dizaines de fois..), Rhoda, qui passe son temps à se poser des questions sur sa vie, sa mère, son mari. Et Jim, fidèle à lui-même et à toutes les femmes qui passent, sauf la sienne.

Bref que des personnages imbuvables : certes c’est là-dessus que repose le talent et la marque de fabrique de David Vann. Il ne fait pas dans la dentelle brodée et scalpe avec précisions la psyché humaine inavouable. Il ne nous épargne pas. Il est là à nous pousser vers nos pires démons, les actes de cruauté humaine contre son prochain sont omniprésents. Nous sommes spectateurs d’une longue descente, l’auteur nous traine longtemps, peut être trop longtemps vers cette chute inévitable. Il nous montre encore une fois que la folie humaine est à deux doigts.

 

Le prochain roman de l’auteur que je lirai sera Impurs, certainement vers la rentrée, qui m’aime me suive !

T David Vann Désolations

Traduit de l’américain par Laura Derajinski

 

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Bibliographie David Vann

Sukkwan Island ♦ 05/01/2010

Désolations ♦ 03/01/2013

Impurs

Derniers jours sur terre

Goat Mountain

Aquarium ♦ 03/10/2016

L’obscure clarté de l’air

Un poisson sur la lune