Désolations {David Vann}

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Bonjour bonjour !

Je continue avec la bibliographie de David Vann. Caribou Island est donc le deuxième roman de l’auteur ; afin de ne pas faire répétition avec le premier Sukkwan Island, la version française est traduite par Désolations. Je m’étais procuré la version originale, tant elle me plaisait (la couverture est blanche et or), mais je n’ai pas eu le courage de la lire en anglais. Un jour peut être ?!

Ce roman porte bien son nom : ici tout est désolant ! Le cadre, les personnages, l’histoire.. Gary, tout juste retraité, habité par les regrets sur sa vie et sa femme, souhaite s’installer sur un ilot du lac et y construire une cabane pour y vivre ses derniers jours heureux. Sa femme Irène, elle aussi insatisfaite de sa vie et de son couple, s’aperçoit que son mari l’insupporte au point de tout remettre en question. Elle se renferme et subit de violentes migraines, tout au long du roman.. Leur fille Rhoda essaye tant bien que mal de maintenir des relations saines entre ses parents, son frère marginal et son mari Jim (qui est le Jim de Sukkwan Island). Mais tout ce petit monde traine une mentalité qui va gangréner les tensions permanentes.

Bien que le décor décrit soit magnifique, ou du moins qu’on l’imagine,  il n’en reste pas moins hostile, sauvage.. les personnages tous aussi toxiques les uns des autres. C’est pour le moment, le roman que j’ai le moins aimé, et pourtant ce n’est pas dû à un manque de talent. C’est simplement ce rythme lent et nonchalant.. Désolant !  on assiste à la descente de cette famille, la fin de leurs liens, à leur médiocrité, leur toxicité entre eux. Doucement et tout au long du roman, Mister Vann nous enlise dans cette noirceur. On  a envie de s’échapper de cette terre humide et froide, ce vent glacial, la mer.., Mais il y a toujours ce je ne sais quoi qui nous pousse à tourner la page pour connaitre le dénouement de l’histoire. On aime à savoir comment et qui va tuer l’autre.. Lequel craquera, jusqu’où iront-ils ? Et c’est souvent celui qu’on imagine le moins qui lâche la bombe.

Je l’ai moins aimé aussi car j’y ai trouvé des longueurs : la construction de la cabane (comme dans Sukkwan Island) où le pauvre Gary, peu aidé, a toujours un clou manquant ou un angle mal affuté. Il n’est pas vraiment soutenu par Irène – certes migraineuse qui avale des doses monstrueuses de médocs et qui râle, qui râle (j’ai voulu qu’elle crève des dizaines de fois..), Rhoda, qui passe son temps à se poser des questions sur sa vie, sa mère, son mari. Et Jim, fidèle à lui-même et à toutes les femmes qui passent, sauf la sienne.

Bref que des personnages imbuvables : certes c’est là-dessus que repose le talent et la marque de fabrique de David Vann. Il ne fait pas dans la dentelle brodée et scalpe avec précisions la psyché humaine inavouable. Il ne nous épargne pas. Il est là à nous pousser vers nos pires démons, les actes de cruauté humaine contre son prochain sont omniprésents. Nous sommes spectateurs d’une longue descente, l’auteur nous traine longtemps, peut être trop longtemps vers cette chute inévitable. Il nous montre encore une fois que la folie humaine est à deux doigts.

 

Le prochain roman de l’auteur que je lirai sera Impurs, certainement vers la rentrée, qui m’aime me suive !

T David Vann Désolations

Traduit de l’américain par Laura Derajinski

 

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couv rivière

 

Bibliographie David Vann

Sukkwan Island ♦ 05/01/2010

Désolations ♦ 03/01/2013

Impurs

Derniers jours sur terre

Goat Mountain

Aquarium ♦ 03/10/2016

L’obscure clarté de l’air

Un poisson sur la lune

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Ma sœur, cette fée carabossée {Clément Moutiez}

Ma soeur cette fée carabossée

 

Bonjour tout le monde !

Je vous présente aujourd’hui un joli coup de coeur..

« Ma sœur, cette fée carabossée » est un court roman, dans lequel l’auteur Clément Moutiez nous raconte le quotidien avec sa petite sœur Domitille, adoptée lorsqu’il avait 7 ans. Des premières visites à la DDASS, au « choix » de l’enfant, Clément se retrouve soudainement avec une petite sœur bien particulière à la maison. Ce récit n’est pas un banal témoignage fraternel, nous allons apprendre ici sur un sujet qui pourrait effrayer, car il se trouve que Domitille est trisomique.. elle a les chromosomes qui déboitent, les connexions pas toujours parfaites, on aimerait bien savoir ce qu’il y a dans sa tête : mais une chose est sûre, c’est que tout n’est pas bon à jeter.

Les proches qui l’entourent vont vite s’apercevoir que le reste fonctionne à merveille : contrairement aux premières prévisions, la parole est très présente et souvent drôle -, la mobilité, toujours très active, mais surtout un cœur débordant pour tout ceux qui entre dans son univers.. Cette jolie fée cabossée,  va quelque peu dynamiter l’existence de tout ce petit monde.

L’arrivée de Domitille dans la famille va surprendre, choquer, interroger : c’est un nouveau territoire qu’il faut apprivoiser et ne pas craindre. Une sortie de zone de confort, du hors piste pas toujours contrôlé mais plein de surprises. Il y a des jours pas faciles, surtout au début avec toutes ces craintes et ces questionnements. Ce sont désormais de nouvelles règles, de nouveaux regards, un nouvel entourage amical – chaque famille elle aussi accompagnée de son « triso ». Les réunions se gavent de phrases évoquant les progrès ou les nouvelles bêtises du petit dernier.

Des chapitres assez courts, où tous les sujets ou presque sont traités sans tabou mais toujours avec pudeur et respect : le travail, l’alimentation, le regard des autres, les sentiments.. l’amour et les relations sexuelles. Ces pages nous emportent dans un tourbillon de tranches de vies : des plus touchantes, sérieuses, aux plus drôles, en passant par des situations aussi très cocasses où les familles-qui-n’ont-pas-de-triso, se seraient cachées dans un trou de souris tellement elles avaient honte..

Mais notre Domitille, la honte, elle ne connait pas ; chanter sur la scène du village en massacrant du Zaz, se prendre pour Beyoncé, faire des vidéos pour « un diner presque parfait », elle adore ! Elle vit, simplement et comme beaucoup d’autre, à énormément d’amour à donner, elle ne compte pas, elle distribue les bisous, les attentions, les câlins, les élans d’amour.. mais aussi les baffes car on ne pique pas l’amoureux de Domitille comme ça !

J’ai adoré la plume de l’auteur, elle est bourrée d’humour, mais franche et sans pathos.. on ne s’apitoie pas sur leur sort, on apprend tout simplement, comment c’est la vie avec ces enfants particuliers, qui deviennent des adultes. Avec ce récit, l’auteur nous pousse à voir la trisomie telle qu’elle est mais aussi à l’aimer et vivre avec.

Encore une fois, j’ai surligné la moitié du livre… et postité toutes les 4 pages.. Tout me plait, cette façon d’écrire, cette légèreté de ton et des tournures de phrases aussi emberlificotées que le cerveau de Domitille, sans filtres.. Appelons un chat un chat. Un livre politiquement incorrect où l’amour d’un frère pour sa sœur nous fait regarder la vie avec le cœur..

 « L’été elle adore jouer à « Un diner presque parfait » avec sa nièce. {…} Je les filme à faire les courses, à cuisiner.. {…} pas de scénarios, de mise en scène, que du brut, de l’impro. Et il y a de quoi concurrencer les dialogues d’Audiard. C’est à elles de choisir le menu qu’elles vont présenter à leurs invités. Elles ont une totale liberté au supermarché. Fraises à l’emmental, steaks panés à même le sol, tablette de chocolat sur lit de Nutell@. La gastronomie traditionnelle prend une claque. La cuisine moléculaire peut aller se rhabiller. Un diner aux fourneaux d’une triso, c’est un voyage papillaire. Faut pas avoir l’estomac d’une midinette du XVIe et être à cheval sur l’hygiène, sinon, ce n’est plus un voyage mais des allers-retours sur la cuvette. »

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Lien vers la fiche article du site des Editions Carnets Nord

Sorti le 14/01/2016 ◊ 14€ ◊ 176 pages

Fou l’amour {Yves Pinguilly}

♥ Le mercredi, c’est aussi permis… d’Aimer, avec un Grand A… ♥

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Hello les jeunes !

C’est l’été et le joyeux Greg, 17 ans,  va passer 2 mois chez ses grands parents avant de s’envoler vers les Etats-Unis pour un séjour linguistique. Il est passionné par sa lecture en cours « Elle et la route 66 » et ne peut cesser d’y laisser perdre ses pensées.

C’est en allant rendre visite à son arrière grand-mère à la maison de retraite, qu’il fera la rencontre de Rosine, une jolie infirmière de 35 ans. Non sans porter de gants, cette femme mariée à un expatrié trop souvent absent, lui demandera un jour de lui tailler sa haie.. Ha ah. !

Et voilà une histoire qu’on imagine sans lendemain, qui débutera sur le sable chaud de Bretagne. Entre eux deux, c’est l’amour fou, surtout pour Greg. Elle est plus évasive, reste discrète sur ses sentiments. Très vite et sans hésitations, leur idylle se déroulera dans l’eau salée, au milieu des repas en amoureux, de bon vin et de gros câlins.

J’avais pris ce roman car le sujet m’interpellait beaucoup et soyons honnête, me touchait de très près. C’est un roman « jeunesse », fin adolescence, à une époque charnière où l’on se pose des questions sur l’amour et la première fois – peut-être pas finalement.

Il m’a semblé que le sujet de la différence d’âge en amour, surtout l’homme plus jeune et encore un poil mineur, pouvait être un sujet sensible à explorer. Bien que pour ma part, il n’y ai pas à dramatiser la chose, j’attendais un peu plus de réflexions et de remise en questions.. Mais cela n’a pas l’air de perturber les deux tourtereaux plus que cela, Greg n’en fera d’ailleurs jamais allusion, pas d’hésitations. Une seule fois Rosine a paru être touchée par cette idylle car elle avoua un matin qu’« elle avait peur de leur relation ». Elle est bien plus bouleversée par l’histoire d’amour entre deux habitants de la maison de retraite. Aucune réflexion non plus sur l’adultère et pas d’émotions particulière au moment de la séparation. Au suivant. Est-ce moi finalement qui « pense » trop et prête trop d’attentions au jugement des autres ?

J’ai lu ce roman d’une traite et sans grande émotion : c’est une agréable lecture en soi, avec une histoire d’amourettes estivales mais qui au final, s’éloigne du sujet du résumé – selon moi. Même pour un roman jeunesse, l’auteur plane vraiment au dessus des sujets importants tels que l’adultère, la première fois et la différence d’âge. J’aurai jugé bon d’y insérer quelques prises de consciences, de les traiter un peu plus en profondeur afin que les jeunes dans ce cas puissent y puiser des avis qui les aident à dédramatiser ou à se positionner sur leur propre histoire. Mais dans ce cas, le roman est préconisé à partir de 9/10 ans.. je trouve cela bien trop juste tout de même..

Après, la vie n’est peut être pas si compliquée, vivons, tout simplement..

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Résumé : On n est pas sérieux, quand on a dix-sept ans. Greg est amoureux et vit un premier et grand amour. Mais celle qu’il aime est beaucoup plus âgée que lui mais qu’importe. L’âge compte si peu ici que ce bel amour va côtoyer un autre amour, celui de deux personnes âgées qui se rencontrent alors qu’ils sont pensionnaires de la même maison de retraite…
Ce roman heureux répète à l’envie qu il n’y a pas d’âge pour vivre un grand amour. Les personnages de trois générations différentes sont une sorte de mémoire du monde. Chacun à sa manière tente de réinventer l’amour car tous devinent que personne ne peut se contenter de sa propre vie, se contenter du monde tel qu’il est…

Oskar Editeur ◊ 214 pages ◊ Nov 2011 ◊ 6.99€ broché

 

Sukkwan Island {David Vann}

sukkwan Island

 

Après avoir lu Aquarium, j’ai  décidé de prendre la bibliographie de ce cher auteur dans l’ordre.

Sukkwan Island est donc son premier roman,  j’en avais entendu beaucoup sur ce livre.  Rien de vraiment négatif sur le talent de l’auteur mais plutôt sur l’histoire et la psychologie des (du) personnage(s). Comme quoi , nous lecteurs, sommes tous différents et notre sensibilité aussi car bien que ce roman soit assez glauque sur certaines scènes, finalement, Aquarium m’avait bien plus dérangé..

Dans Sukkwan Island, Jim est un peu au bout de sa vie, une vie qui ne l’a pas complètement satisfait, qu’il n’a pas vraiment réussie et surtout, une place avec son fils Roy – 13 ans,  qu’il n’a pas pris au bon moment – voire qu’il a lâché au moment de son divorce d’avec la mère de Roy. Il souhaite prendre un nouveau chemin et afin de le connaitre un peu mieux et instaurer un véritable lien père-fils. Pour ce faire il achète une maisonnette sur une petite ile isolée du sud de l’Alaska et décide d’y vivre une année avec lui. Là bas, il espère bien renouer avec son fils, la nature, la vie.. ils devront se serrer les coudes et vivre en véritables autochtones.

Seulement, Jim personnage un peu dépassé, n’est pas vraiment  bien préparé tant psychologiquement que matériellement à vivre loin de tout : il n’a pas pris tous les outils nécessaires, n’a pas de connaissances en ‘survie’,  et les premiers jours sur l’ile sont assez déroutants niveau organisation. Tout ce qu’il essaie de mettre en place tombe à l’eau, soit par manque de matériel, ou par manque de savoir.

Niveau caractère, il n’est guère mieux : il ne supporte pas grand-chose, lui si morne, bougon et triste, hanté par ses démons, les femmes. Les nuits il pleure, la journée ne rigole pas vraiment. Une routine assez répétitive et peu enrichissante – pèche et sciage de planches de bois – se met en place très rapidement mais pour Roy cela va être long et le gamin pense déjà à repartir.

Son père continua, excité, mais Roy ne l’entendait plus. Il ne croyait plus à tous ces plans saugrenus. Il avait la sensation qu’il venait lui-même de se condamner à une sorte de prison et qu’il était trop tard pour reculer.

La morosité de Jim et le manque d’entrain pour le quotidien, va emporter ces deux là dans une folle descente jusqu’à… la seconde partie du roman.

On assiste alors à la déchéance d’un père paumé et à côté de la plaque, sa lâcheté, sa bêtise, sa cruauté en quelque sorte : il frôle avec le réel,  celui qui n’a plus aucune connexion avec le bien ou le mal, la  vie, la mort..

Sukkwan Island est un huis clos oppressant, flirtant avec l’inhumain et la déraison.. remettant en cause les capacités parentales de certains. Une âme un peu fragile, qui ne se rend même pas compte de ce qu’il vient de se passer.. il est dépassé et cherche encore une manière de s’en sortir. Il n’est plus en contact avec son fils. Mais en a-t-il conscience ? est-il déjà devenu fou au point de penser que tout était de la faute de son fils ?

J’allais vers ce roman avec beaucoup d’appréhensions, peut être avais-je mis ma carapace de maman en acier blindé.  Certes, c’est glauque et carrément fou, Jim donnant à manger à son fils alors qu’il est dans son duvet.. Vous comprendrez.

David Vann dérange un peu, il expie certainement de son passé, mais sa plume reste une très grande plongée dans la cruauté parentale…

J’ai beaucoup aimé ce roman et continue donc la bibliographie de l’auteur. Je lirai Désolations vers mi Mai voire fin Mai ; si vous voulez faire une lecture commune, faites le moi savoir, j’en serais ravie !

 

Traduit de l’américain par Laura Derajinski

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Editions Gallmeister ◊ 200 pages ◊ 22,10€ grand format ◊ 8,90€ Totem

Lien vers la fiche produit sur le site de la M.E.

 

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Bibliographie David Vann

Sukkwan Island ♦ 05/01/2010

Désolations

Impurs

Derniers jours sur terre

Goat Mountain

Aquarium {lien de ma chronique}

L’obscure clarté de l’air

Un poisson sur la lune