Ida n’existe pas {Adeline FLEURY}

Nous sommes exposés dès la première phrase : un triste fait d’hiver sur Berck en 2013, un bébé de 15 mois est retrouvé mort sur la plage, par un pêcheur venu relever ses filets. C’est un choc.

Comment imaginer l’impensable ?

La mère, lionne sauvage aimante et puissante, nous parlera de cet amour douloureux qui la lie à son enfant et à son corps de femme.

Elle nous parle d’elle, de sa jeunesse au Gabon. Pays où vivent encore des tribus aux rites sexuels traumatisants des corps d’enfants.

« Un pays où l’on croit aux esprits de l’eau et de la forêt, où l’on sacrifie des poulets et des chèvres pour conjurer le sort {…} où l’on est chrétien et sorcier en même temps.. »

Cette enfance censée la construire, n’a fait que creuser des plaies puantes. Ces actes commis par les femmes de son pays, ces traditions couvertes par ses proches, ont enrayé à jamais son corps.

Elle, la blanche noire, à l’intelligence évidente, a toujours été transparente et rejetée par les siens.

Alors elle fuit en France. Elle y trouve l’amour avec Alfonse, mais son mariage n’est que mensonge, dégoût et désillusion. Rien ne l’a rend heureuse. Ses souffrances du passé la hantent.

C’est en devenant mère qu’une folie douce intérieure va lui dicter une délivrance. Des voix la manipulent, ces forces surnaturelles venant d’un autre monde.

Comment a t’elle pu enfanter avec un sexe meurtri ?

A petit feu, elle va haïr Ida, son enfant, sa fille. Elle veut la délivrer du mal d’être née fille, martyre en devenir.

Adeline Fleury donne à cette femme, une plume vive et crue : sans crier gare, elle nous livre des paroles dominées par des pensées animales d’une mère pour sa chair. Elle est pour elle, une génitrice capable du meilleur comme du pire, « elle a ce pouvoir de vie et de mort sur Ida ».

Quand je regarde l’enfant dormir, je me confronte à mes pires pensées. L’âme humaine est tortueuse. Je me découvre des idées inavouables. Je suis tout à la fois. Je suis mère débordante d’amour et meurtrière en puissance. Chaque femme a cette dualité en elle. Celles qui le nient se mentent à elles-mêmes.

C’est un récit assez court mais brutal et dérangeant. Le malaise est présent tout au long de la lecture.

C’est un cri d’amour que cette mère va hurler sur une plage, un matin d’hiver.

Un acte sauvage et libérateur.

♥♥ Un grand Merci aux Editions Pérégrines (ex François Bourin) pour cette lecture poignante. Je découvre Adeline Fleury avec ce texte, je pense me tourner maintenant vers « Je, tu, elle » qui me tente depuis sa sortie.

Lien éditeur (Click) – Parution Août 2020 – 160 pages – 18€

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